Colloques & ateliers

Mai 2025

Jusqu’au XVIIIe siècle, les plans d’arpentage étaient rares dans les opérations foncières. Leur généralisation, contrairement aux tableaux statistiques (Desrosières 2010) ou aux cartes topographiques (Bret 2019), n’est pas uniquement liée à l’État (Antoine et Landais 2024), mais participe pleinement au développement des savoirs administratifs (Laboulais 2015) et à l’émergence d’un nouveau régime cartographique (Verdier 2015). L’arpentage s’appuie sur des savoirs locaux et des techniques anciennes (Chouquer 2010), mobilisant acteurs ruraux et expertise juridique. La diffusion massive des cartes dans les campagnes pose la question de leur réception sociale et cognitive, notamment à travers le concept de « littératie cartographique » (Goody 1979), proche de la « translittératie » (Delamotte et Frau-Meigs 2014). La comparaison avec la « révolution scripturaire » médiévale (Oesterreicher 1993, Bertrand 2015) révèle des enjeux similaires de diffusion sociale et de pluralité des régimes de scripturalité. L’objectif de cette journée d’étude est d’explorer un champ historiographique peu étudié : la matérialité des documents, la compréhension des cartes par différents publics, l’implication des non-cartographes, et les stratégies locales face aux nouvelles technologies d’enregistrement de l’espace. Seront examinés tous types de plans fonciers et de cartes à très grande échelle afin de saisir les bouleversements cognitifs et sociaux induits par la cartographie dans les campagnes européennes.

Programme, vendredi 23 mai 2025

9H-12H : DES PROCÉDÉS CARTOGRAPHIQUES ADAPTÉS AUX SOCIÉTÉS ET ESPACES RURAUX ?


Grégoire Binois (IHMC) : Les ruraux et la cartographie militaire dans la France du XVIIIe siècle : quelles perspectives de recherche ?


Louise Couëffé (Université d’Avignon, CNE) : Maîtriser le terrain. Connaître et représenter les localités de collectes botaniques au XIXe siècle.


Patrice Bret (Centre Alexandre Koyré/EHESS-CNRS-MNHN, UMR 8560) : Une littératie cartographique révolutionnaire ? Consignation et critique des procédures de levé des plans sous la Convention : les biens nationaux acquis par Lavoisier et le concours du Cadastre en l’An II.

Titouan Souquet (Université d’Avignon, CNE) : Cartographier la Camargue : de la fabrique de la carte à son appropriation (XVIIe – XVIIIe siècle).


12h-13h30 : Pause déjeuner

13H30-16H30 : CARTES D’ARPENTAGE ET RÉGIMES DE SCRIPTURALITÉ.

Bruno Jaudon (FDE de Mende – université de Montpellier) : Plans, compoix et autres sources pour décrire les espaces ruraux du Languedoc dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : vaste éventail narratif ou pratiques scripturales convergentes ?


Marc Conesa (Université de Perpignan, FRAMESPA) : Cadastres et écritures du passé. Quand les archives retournent les cartes (Roussillon, Cerdagne, Andorre), fin XVIIIe – milieu XIXe siècle.

Fabien Gaveau (UMR 6298 ArTeHiS Dijon) : Mettre en plan l’espace : étude de la fabrique du Terrier général de l’Isle de Corse (années 1770-1780).


Benjamin Landais (Université d’Avignon, CNE) : Un ‘grand partage’ ? La cartographie dans la hiérarchie des pratiques scripturales des administrations domaniales (Hongrie 1770-1790).

16H45-17H30 : CONCLUSIONS


Discutante : Isabelle Laboulais, professeure d’histoire moderne à l’université de Strasbourg.